.:SECTION TOLKIEN:.




Evénement cinématographique attendu par des millions de spectateurs : Le Seigneur des anneaux débarque ce 19 décembre en sortie mondiale. Historique.


100 millions de lecteurs dans le monde, près de 975 000 mètres de pellicule utilisée, près de 300 millions de dollars de budget, 15 mois de tournage, 48 000 armes fabriquées, 150 costumes crées pour chaque civilisation, 350 décors construits et plus de 100 lieux de tournage, 250 chevaux, 114 rôles parlés, 7 ans de développement, 5 équipes de prises de vue, 3 films tournés simultanément, 9 compagnons, un Anneau unique... et plus de 10 000 copies du Seigneur des anneaux dans plus d'une vingtaine de pays, parés aux couleurs de la Terre du Milieu le 19 décembre, pour la sortie mondiale du premier volet de la trilogie-événement de Peter Jackson. Nouvelle date marquante de l'histoire du cinéma pour certains, simple adaptation mercantile et hollywoodienne pour d'autres, attendue impatiemment par les passionnés de l'oeuvre de J.R.R. Tolkien comme par les cinéphiles ou déjà rejetée par certains puristes de la trilogie littéraire, incroyablement encensée ou fortement critiquée par les journalistes, l'adaptation cinématographique de Peter Jackson faisait déjà couler beaucoup d'encre avant même sa sortie en salles. Star wars, Harry Potter et maintenant Le Seigneur des anneaux : peu de films auront généré une telle attente auprès des spectateurs...


A l'impossible, nul n'est tenu. P. Jackson s'en tire avec les honneurs, pour son travail sur un ouvrage réputé inadaptable. Doit-on pour autant rejoindre le clan des enthousiastes, clan qui semble me cerner de toute sa fougue réjouie? Ma réponse est non, et restera non. Je peux m'en défendre, arguer qu'aucun film ne rendra jamais justice à son inspirateur livresque, admirer le savoir-faire et, oui, le talent du réalisateur, l'adéquation entre acteurs et personnages, le choix des paysages… Tout cela est bel et bon, tout cela est réussi. Alors à quoi tient la déception sourde ressentie après la vision du film? A peu de choses, en fait, mais qui prises isolément suffiraient à expliquer ma réticence. La première de ces choses est, malgré tout, un élément incontournable : Sauron. Le pouvoir de Sauron est avant tout, par essence pourrait-on dire, celui de la corruption. Le mal incarné à l'écran est toujours ridicule. Que P. Jackson ait ressenti la nécessité d'ajouter un prologue à son histoire, qui nous narre la bataille finale entre Isildur et Sauron, pourquoi pas. La scène a au moins un mérite explicatif. Mais matérialiser l'omniprésence/omnipotence de Sauron par cette espèce d'œil vertical et enflammé, à mes yeux, c'est à la fois un manque de goût et un contresens. Certes, me direz-vous, Jackson ne fait que reprendre un élément textuel pour le mettre en images. Et voici qui m'amène à ma seconde critique envers cette adaptation : mettre en images une histoire qui tire d'un bout à l'autre sa force de son oralité, était un défi perdu d'avance. D'une manière générale, P. Jackson en fait trop : trop d'effets, numériques ou non, trop d'action, trop de combats (non, mais, franchement, vous imaginiez Gandalf et Saruman se taper dessus comme deux vulgaires personnages de jeu vidéo?), trop de travellings, trop de grandiloquence et parfois même de sentimentalisme (la mort de Boromir, bien sûr !). Où sont passés la poésie, le caractère contemplatif, le verbe, de cette quête désespérée? Je les ai retrouvées, parfois, ces qualités qui m'avaient fait aimer le livre. J'ai apprécié le pays des Hobbits. Admiré la façon dont les rapports entre Gandalf et Bilbon, entre Gandalf et Frodon, sont mis en images. Beaucoup de décors m'ont séduite, à commencer par la Moria ou Isengard. Ne me parlez pas, s'il vous plait, de Fondcombe ou de la Lorien. Le monde des Elfes est à jamais figé entre des pages ; seuls les mots peuvent lui rendre majesté et étrangeté, raffinement suprême et communion avec la terre. Aucun film, aucun décor (surtout pas ceux-là !), aucun artifice ne matérialiseront jamais le rêve. J'ai recherché en vain, dans le film, l'ambivalence des Elfes à la fois si proches des hommes et si étrangers à notre propre nature. Bien sûr, Legolas est globalement semblable à ce que l'on pouvait imaginer : grand, fin, blond, agile… Oui, mais. Oui, mais les Elfes sont d'un monde autre, oui, mais les Elfes à l'écran n'auraient dû être qu'un rêve furtif, une silhouette androgyne et inclassable. Oui, mais, à mes yeux, les Elfes auraient dû être personnifiés par des femmes. Là, nous aurions eu un résultat troublant : étrangeté, fragilité apparente, asexualité plus ou moins revendiquée. Et le trouble, n'est ce pas, c'est le mot qui s'attache le plus au monde des Elfes, lorsqu'on le contemple avec des yeux de Hobbit, ou même d'homme. Dieu merci, Arwen-Liv Tyler est suffisamment diaphane pour appartenir à ce peuple. Et même si la scène ne vient pas du livre à proprement parler, la poursuite qui amène Frodon dans Fondcombe est tout simplement somptueuse. Irréaliste, comme me l'a fait remarquer quelqu'un, mais somptueuse. Il faut bien reconnaître ici que les Cavaliers noirs comptent parmi les créatures les mieux rendues du film. Arwen n'est vraiment pas mal non plus. Fondcombe, par contre, m'a déçue de bout en bout. Sans doute attendais-je trop de ce lieu. Je suis comme Sam : je rêvais des Elfes ! La Lorien m'a davantage séduite, ainsi que Galadriel, aussi inquiétante et duelle que dans le livre. Pourtant, une fois de plus, Jackson ne résiste pas au plaisir de nous infliger un spectre bien sinistre, au cas où nous n'aurions pas saisi que l'Anneau exerce son pouvoir corrupteur sur tous et toutes, y compris sur la puissance présupposée "bonne" (sage en tous cas, et donc inquiétante) de Dame Galadriel. Enfin, passons. Les Elfes sont ratés, il faut se faire une raison.

Ce ne serait pas rédhibitoire si, d'une façon plus générale, le même défaut n'affectait le film dans son intégralité. Tout est là, à l'écran, les Elfes et leur monde, la Communauté et sa quête, les monstres et le mal. Tout est là, pourtant rien ne laisse trace (comme Legolas sur la neige…). Combien de temps met la Communauté à franchir la distance entre Fontcombe et la Moria? L'aventure dans sa totalité dure environ 6 mois, je crois. 6 mois durant lesquels les personnages bouleversent la face du monde et leur propre vie. A l'écran, leur quête se résume en un mot : escarmouches. Au plus près des corps et des armes, dans un chaos visuel qui, personnellement, m'a donné envie de sauter le dîner. Aragorn sait se battre, c'est entendu. Pour Jackson, de toute évidence, il ne sait faire que cela. C'est valable également pour la plupart des 9, qu'ils soient guerriers ou spectateurs. Mais, souvenez-vous, honnêtement : l'impression qui se dégage du Seigneur des Anneaux, est-ce réellement celle de bagarres multipliées ? N'avons-nous pas plutôt affaire à un conte médiéval, où l'action compte bien moins que le propos qui la rapporte? Gandalf, mage et pythie, n'est-il pas le meilleur symbole de ce pouvoir du verbe, lui qui racontera Isengard, puis son affrontement avec le Balrog (d'où le ridicule achevé de son combat avec Saruman, d'ailleurs) ? Les Elfes aussi parlent (chantent), et les Hobbits encore davantage, peuple du ouï-dire par excellence. A-t-on une seule fois ce sentiment d'action méditative devant le film? Oui, peut-être, lorsque les 9 découvrent la tombe de Balin. Mais c'est une scène tirée, littéralement dupliquée, du magnifique dessin animé du Seigneur des Anneaux. D'ailleurs les réussites visuelles les plus marquantes du film semblent avoir toutes pris source de ce dessin animé : dans le désordre, Grands-Pas à Bree, le premier Nazgûl, la vision contrastée de Frodon lorsqu'il passe l'Anneau, la Moria depuis les tunnels jusqu'à la disparition de Gandalf, le réveil de Frodon à Fondcombe, Isengard… Ce n'est pas un reproche, mais une constatation ; ce sont également les moments où le maître mot de Jackson est, ENFIN, de suggérer plutôt que de montrer. Le caractère presque sacré de la marche, la sensation prégnante que chaque pas hâte le temps vers la mort et constitue aussi une victoire héroïque, n'apparaissent pas une seule fois dans le film. Le voyage de la Communauté devient alors une sorte de training musclé mais sans conséquences morales. L'effet d'un mécanisme qui tourne à vide est encore accentué par l'éclatement du groupe. Alors que dans le livre, effrayé par Boromir et comprenant soudain que la seule présence au sein de la Communauté du Porteur de l'Anneau est le plus grand danger pour cette dernière, Frodon s'enfuit sans un mot, Jackson, lui, nous ajoute ce maudit dialogue où le Hobbit explique les raisons de son départ à Aragorn. La "mort" de Gandalf d'abord, la fuite de Frodon ensuite, provoquaient dans le récit l'accélération nécessaire pour nous signifier la montée en puissance de Sauron (et du mal), jusque-là dessiné en pointillés. A la fin, dans tous les sens du terme, de la Communauté de l'Anneau, nous sombrons avec Frodon et Aragorn dans le chaos, dans le désespoir même. Les fils du récit, si habilement maîtrisés, nous échappent soudain et l'apparente linéarité de leur quête vole en éclats en même temps que leur union. Une seul chose demeure : le pouvoir corrupteur de l'Anneau unique.

Personne ne peut ressentir cela à la vision du film. Et la mort de Boromir perd presque toute signification dans ce contexte. C'est mon dernier reproche, mais le plus amer, concernant le film, car enfin, Boromir, qui était pourtant le personnage le moins abouti de la Communauté, est littéralement fascinant dans le film. Si Frodon, Aragorn, l'Anneau même, sont réussis et fidèles au livre, Boromir lui me semble acquérir une dimension nouvelle à travers l'écran. Pourquoi ne pas l'avoir laissé mourir comme il le méritait, ayant détruit l'alliance et pourtant racheté sa faiblesse? Pourquoi avoir ôté toute signification à ses actes, bons ou mauvais ?

Malgré tout, en dépit de ma déception, je partage l'avis de tous : ce film est une réussite. Visuelle, bien souvent, parfois même poétique. C'est pourquoi je souhaitais terminer sur le personnage de Gandalf, qui me semble réunir toutes les qualités du film. Gandalf est à la fois l'assimilation parfaite de tout l'imaginaire attaché aux Terres du Milieu, et un personnage dont l'âme, dont l'esprit, percent constamment derrière le masque. Il est image et chair, de bout en bout. Il est image et mot. Prions pour que les suites nous offrent la même incarnation de tous ces personnages fascinants que sont Théoden et Langue-de-Serpent, Gollum et Sylve-Barbe. Moi, je prierai pour que Gris-poil soit aussi magnifique que le cheval d'Arwen.
Bérengère.



J'EN AI REVE, PETER L'A FAIT !

Au cours de l'été 1989, je me suis retrouvé coincé avec ma famille dans un village haut perché des Alpilles, Aiglun. Contraint de rester à la maison par une chaleur infernale, je dus lire d'affilée un roman en trois tomes paru alors chez Folio Junior, Le Seigneur des Anneaux. Attiré par les couvertures montrant quelques monstres bien sympathiques et des paysages vertigineux, ce fut ma première incursion dans l'heroic fantasy. Je ne pus jamais en sortir. Captivé par ce récit de voyage, de possession maléfique, mais aussi par la dimension démiurgique de l'œuvre, le roman devint instantanément ma référence absolue en ce qui concerne l'imaginaire. J'en suis venu par la suite à lire d'autres œuvres de Tolkien, puis sa biographie, puis des œuvres de continuateurs et d'imitateurs, puis d'autres pans de l'imaginaire, comme la SF. J'ai essayé d'écrire un roman se déroulant dans l'univers du Seigneur des Anneaux, mais je me suis arrêté au bout de deux paragraphes. Pour moi, on ne touche pas à ce mythe. Je me promettais de le relire un de ces jours... A l'époque, je me disais "Quel film ça ferait !" ; mais je trouvais cela quelque peu irréalisable. Comment voulez-vous qu'on retranscrive un univers entier, cohérent, avec son histoire, sa mythologie, ses personnages si attachants ? Alors, j'en étais réduit à revoir Conan le Barbare, Willow, Legend ou bien L'Histoire sans fin, films qui ne manquaient pas de qualités, mais ne les réunissaient pas toutes… Tout en espérant secrètement qu'un réalisateur de la trempe de Spielberg ou Ridley Scott (mes références de l'époque, excusez-moi, j'étais jeune) s'attacherait à l'exploit. J'avais appris un peu par hasard qu'un inconnu, Ralph Bakshi, avait essayé de faire un long métrage d'animation, hélas celui-ci s'était arrêté au premier volet du tryptique, soit La Communauté de l'Anneau.

Et puis un beau jour de 1999 (je crois), j'apprends sur un site Internet qu'un metteur en scène néo-zélandais connu pour son imaginaire délirant, Peter Jackson (Bad Taste, Meet the Feebles, mais aussi Créatures Célestes), mettait en chantier l'oeuvre qui avait fini par avoir la réputation d'être inadaptable (rappelons que Le Seigneur des Anneaux fut publié en 1954 et 1955). Dès lors, je résolus de suivre l'avancement de ce qui allait se révéler l'un des projets cinématographiques les plus ambitieux de tous les temps. La première bataille fut celle du casting ; faisant fi des rumeurs les plus folles, Jackson décida de prendre des acteurs sérieux, au physique proche des personnages. Ensuite, grâce aux crédits alloués par le studio New Line, le tournage put commencer ; il allait durer deux ans en Nouvelle-Zélande et s'achever en décembre 2000. En effet, profitant de ces conditions exceptionnelles, le "petit gros" décidé de tourner les trois films simultanément, ce qui est une première dans l'histoire du cinéma.

Les internautes cinéphiles et tolkienophiles suivaient de très près le tournage, des photos volées circulant même sur le réseau… J'avais tellement de mal à garder ma passion pour moi que j'en parlai à ma femme quasiment tous les jours. Excédée, elle se décida à lire l'œuvre qui avait été élu Roman du Siècle par les universitaires anglais. De son côté, Jackson, qui en plus de ressembler physiquement à un Hobbit (petit, grassouillet et poilu sur les pieds), est un homme intelligent, clama haut et fort que les trois films reflèteront SA vision du roman, mais que chacun est libre de garder la sienne propre.

Certains petits veinards purent avoir la primeur des images avec une séquence de 26 minutes présentée au Festival de Cannes en mai 2001. Tous s'accordèrent à dire que si le reste du métrage était de la même veine, on tenait là un véritable chef-d'œuvre. Puis on annonça les sorties des trois films : Noël 2001, Noël 2002 et Noël 2003. Des bandes-annonces très très alléchantes furent diffusées dan certaines salles de cinéma. Sur un site spécialisé sur lequel votre serviteur alla souvent circulaient les noms des salles où on pouvait voir ces images.

Enfin le grand jour arriva. Le 19 décembre, fort excité (au sens propre, hein !) par les avis de quelques chanceux qui avaient pu aller à l'avant-première, je décidai de ne pas y aller tout de suite afin d'éviter la foule. J'attendis donc le 30 décembre, au matin, pour aller le voir en VO dans une salle peu connue du quartier Montparnasse de Paris, après déjà deux millions d'autres personnes. Et le résultat ? Scotche, scotché, scotché !!!

Bon, soyons clairs : je n'oserai pas crier au génie, ni au chef-d'œuvre ; seule une personne qui aurait vu tous les films pourrait avoir un élément de comparaison. A ma connaissance, cela n'existe pas. Mais une chose est sûre. Au Panthéon des films que j'ai pu voir, je classe The Fellowship of the Ring (excusez-moi, la VO…) tout en haut…

Vous pourrez lire l'intrigue du film par ailleurs, mais en quelques mots la voici : un groupe d'aventuriers, composé de 4 races différentes (Homme, Nain, Hobbit et Elfe), doit escorter un Anneau maléfique jusque dans l'antre du Mal, à travers la Terre du Milieu, afin de le détruire. Ils traversent des contrées inconnues, truffées de dangers, et doivent faire face à leurs propres démons. Comme je l'ai dit plus haut, Jackson a fait sa version. Et comme toute adaptation, il y a des trahisons. Des personnages voient leur importance augmentée, d'autres ont été purement et simplement supprimés… Par ailleurs, PJ (oui, on l'appelle comme ça, nous les fans) a inséré des éléments d'autres œuvres de Tolkien (tels Le Silmarillion, le livre le plus illisible du monde après mes cours de Maths de terminale !) pour permettre une meilleure compréhension de son propos. Eh bien contrairement à la tendance du monde du cinéma, tous ces inserts, je dis bien tous (à l'exception peut-être de l'ablation du passage avec Tom Bombadil) vont dans le sens d'une plus grande fluidité narrative, d'un schéma général de compréhension. Car les trois films ont été réalisés en même temps, ce qui a permis à PJ d'avoir une vue globale de son œuvre. Pour moi, la séquence d'ouverture, qui n'apparaît pas dans les bouquins, permet aux non-initiés de comprendre (en l'espace de 5 minutes, un tour de force, mais d'une force !) est une idée de génie car elle permet de saisir les implications de la quête de la Communauté. Les partis-pris scénaristiques et dans les dialogues vont dans ce sens. On est dans un univers médiéval-fantastique, mais les personnages ne font pas stéréotypés ou vieillots. Au contraire, ils ont une vigueur incroyable, à laquelle les comédiens ne sont pas étrangers. Mais j'y reviendrai. Sans être gnangnan ou neuneu comme peuvent l'être les Américains, le film transporte des valeurs -que j'espère- universelles : l'amitié, l'entraide, le courage, la lutte du Bien contre le Mal… Oui, je sais, cela a déjà été fait ailleurs, mais que voulez-vous, quand on aime…

Les personnages sont bien campés : les Hobbits sont fragiles et pas super courageux, les nains grincheux et fiers, les elfes… elfiques, c'est-à-dire éthérés, les hommes en proie à beaucoup de doutes, les Nazgûl, créatures maléfiques, sont myopes mais terrifiants…

Venons-en donc aux acteurs. Il y a une bonne quinzaine de rôles principaux ou secondaires, ce qui doit constituer une sorte de record. Puisque cette critique est partie pour être très longue, je vais de ce pas les analyser un par un. J'espère que vous avez le temps. Commençons par les membres de la Communauté de l'Anneau, au premier rang de laquelle je mettrai Frodo, Aragorn et Gandalf. Frodo est donc un Hobbit qui se retrouve en charge de l'Anneau Unique. Il est incarné par Elijah Wood (Forever Young, Huck Finn, Le Bon Fils, Flipper, Avalon, The Faculty, Ice Storm et Deep Impact), qui apporte toute la candeur de son visage angélique à ce pauvre petit hobbit pris par des événements qui dépassent souvent son entendement. Il réalise là une performance incroyable. Gandalf est le guide du groupe, un sorcier grincheux et facétieux ; Ian Mc Kellen, acteur shakespearien multi-primé (aperçu récemment dans Richard III, Un Elève doué, Six degrés de séparation et X-Men), qui lui apporte une profondeur inespérée. Ensuite vient Aragorn, le descendant de rois déchus devenu Rôdeur. Il s'agit à mon sens du personnage le plus intéressant et le plus tragique (avec celui de Gollum) du roman ; Viggo Mortensen (Portrait de Femme, L'Impasse, GI Jane, Psycho, Meurtre parfait…) lui prête son physique de beau ténébreux aux traits taillés à la serpe. Il est proprement parfait dans le rôle. Au sein de la Communauté se trouvent trois autres Hobbits : Sam Gamegee, Peregrin Took et Meriadoc Brandebouc. Le premier, joué par Sean Astin (Rudy, Memphis Belle, la Guerre des Roses et Safe Passage), apporte sa bonhomie à la relation très amicale entre Frodo et Sam. Les deux autres, incarnés par Billy Boyd et Dominic Monaghan (acteurs seulement connu des Anglais), apportent leurs "bouilles" et leur gouaille toutes britanniques à ces Hobbits facétieux et gaffeurs.

Sean Bean (Ronin, Anna Karénine, GoldenEye, Jeux de Guerre, entre autres...) prête ses traits au valeureux Boromir, fils de l'intendant du Gondor. Son animosité de départ envers Aragorn est vite gommée par la valeur guerrière des deux hommes. Tout en retenue, Bean (non, ce n'est pas une blague !) donne de la puissance à son interprétation). L'Elfe Legolas accompagne les autres dans leur quête ; il est précieux par son habileté au tir à l'arc et ses sens surdéveloppés ; il est interprété de manière prodigieuse par Orlando Bloom (dont le seul titre de gloire internationale est d'être apparu dans Wilde), tout en légèreté et en féerie. Et pour teminer, le nain Gimli est incarné par John Rhys-Davies (le premier et le troisième Indiana Jones, Shogûn et Sliders entre autres…), tout en grincherie et en solidité (tout en Nain, quoi ! ).

En-dehors de la Communauté de l'Anneau gravitent un certain nombre de personnages. Parmi ceux-ci je citerai Arwen, la princesse elfe amoureuse d'Aragorn (Liv Tyler, vue dans Beauté Volée, Armageddon, Silent Fall et Dr T et les femmes) ; elle prête ses traits de porcelaine à cette elfe qui doit choisir entre l'immortalité et l'amour. Ensuite Galadriel (Cate Blanchett, en général plus fade dans Un Mari idéal, Le talentueux M. Ripley et Intuitions, ou plus récemment dans Bandits), une magicienne elfe très tentée par l'Anneau… Bilbo, le cousin de Frodo qui lui lègue l'Anneau, est interprété par Ian Holm, qui a été salué pour ses performances dans Les Chariots de Feu, Hamlet, Frankenstein, eXistenZ, Henry V, Le Festin Nu, la Folie du Roi Georges, Le Cinquième Elément… Encore une fois, un Anglais qui fait mouche ! Pour le rôle de Saruman, le sorcier corrompu par le Mal, PJ a fait appel au légendaire Christopher Lee (Dracula, La Vie privée de Sherlock Holmes, Les Trois Mousquetaires, 1941, Gremlins II, Sleepy Hollow et bientôt Star Wars : Episode II) ; sa valeur n'est plus à prouver. Elrond, roi des Elfes et père d'Arwen, est incarné par l'Australien Hugo Weaving (Matrix, Priscilla folle du désert). Tous sont parfaits.

Venons-en à ce qui, à mon sens, fait la valeur ajoutée d'un film. Tout d'abord la musique ; la partition d'Howard Shore (qui n'est pas un spécialiste de la fantasy, contrairement à Danny Elfman ou Basil Poledouris, par exemple) colle parfaitement au long métrage, au point qu'on ne l'entende parfois plus ; elle se confond avec les images en une symbiose absolue. Les effets spéciaux, créés par Weta, une société néo-Zélandaise qui accompagne PJ depuis une décennie, sont sobres, mais efficaces. Le film a été entièrement tourné en Nouvelle-Zélande ; c'est le spot le plus long et le plus coûteux qui ait jamais été réalisé pour l'Office du Tourisme local ! Les décors sont somptueux et les paysages grandioses, il n'y a rien à redire. La réalisation est alerte dans les scènes d'action, contemplative dans les scènes romantiques… juste ce qu'il faut. Il faut dire qu'il a régné sur le plateau, durant 18 mois, une atmosphère de joie studieuse, car tous avaient conscience de participer à une aventure hors du commun. L'amitié liant Frodo et Sam se poursuit en-dehors du tournage.

Quel concert de louanges, me direz-vous ! Eh bien, je pense que ça se sent que j'ai ADORE le film, et que j'attends la suite avec impatience pour retrouver les transes où je me trouvais voici plus de 12 ans. Alors bien sûr, on peut arguer qu'il y a beaucoup de combats. C'est de l'heroic fantasy, pas Candy ! On pourrait reprocher à PJ d'avoir quelque peu remis une partie des éléments de l'intrigue à sa sauce, mais il faut savoir que le livre en lui-même est parfois chiant, surtout au début. Oui, le film fait trois heures. Et alors ? Le tome 1 fait 300 pages ! Et puis, quel plaisir d'entendre enfin de l'Elfique (langue construite de toutes pièces par Tolkien) sur grand écran.

Mais afin que cette critique reste une critique, je glisserai un ou deux bémols. D'une part, la randonnée de la Communauté dure en réalité plusieurs mois ; on a l'impression, dans le film, qu'ils partent faire une balade dans les Balkans le temps d'un week-end. De plus, une petit regret quant au traitement des relations entre les "héros" : on ne comprend pas la légère rivalité entre Gimli et Legolas, et les rapports entre Frodo et Sam ne sont pas clairs. Il faudrait faire un effort là-dessus dans les prochains volets.

Selon certains témoignages, Peter Jackson serait le Seigneur des Anneaux, et il possèderait l'Anneau Unique. Qui sait ?


LE SEIGNEUR DES MOIGNONS

Après La Communauté de l’Anneau, qui a posé un certain nombre de certitudes (Jackson sait faire de la fantasy, dompte les effets spéciaux, jongle avec 9 équipes simultanément, respecte l’oeuvre de Tolkien, les acteurs sont littéralement prodigieux dans leurs rôles respectifs...), il est peu de dire que l’on attendait beaucoup de ce second volet. Pour ceux qui conbnaissent les livres, ils savent qu’il est plus sombre, plus dur, qu’il comporte beaucoup de combats, en même temps que l’on assiste à la lente plongée de Frodo vers le côté obscur (ça ne vous rappelle rien ?). Les (rares) critiques disponibles avant la sortie mondiale du film, le 18 décembre laissent entrevoir un long métrage aussi bon, sinon meilleur, que le premier. Votre serviteur vous dira qu’il est moins bon, et qu’il fallait s’y attendre. d’abord parce que l’intrigue est éclatée entre plusieurs fils narratifs divergents (navré pour ceux qui n’auraient pas vu le premier volet, mais la Communauté de l’Anneau s’est dispersée à la fin de celui-ci). ce qui entraîne une multiplicité des points de vue ; une structure entrelacée chère à Tolkien, et qui permet de suivre une quinzaine de personnages principaux. Ensuite parce que la matière du second livre est complexe, touffue, au point que jackson a préféré déplacer vers le chapitre final un épisode-clé, celui de la rencontre de Frodo et Sam avec Arachne, afin de donner plus d’ampleur et d’espace a ce qui fait l’essentiel des deux Tours, à savoir le début de la Guerre de l’Anneau. En effet, à l’heure où Frodo et Sam semblent s’égarer sur le chemin du Mordor, le Seigneur des ténèbres, j’ai nommé Sauron, décide d’anéantir le royaume de Hommes, avec l’aide du sorcier Saroumane. Les Elfes de Fondcombe s’en vont par-delà les mers, sentant que leur temps est terminé. Le Roi du Rohan, Theoden, s’enfonce dans une apathie suicidaire sous l’influence de Grima Langue-de-Serpent (l’excellent Brad Dourif), sbire de Saroumane. Aragorn, Legolas et Gimli, lancés à la recherche de Merry et Pippin, désèspèrent de les retrouver. Tout semble indiquer que le règne de Sauron est sur le point d’arriver. Pour connaître le suite, allez au cinéma...

Si l’on reprend les acquis du début de cet article, on ne peut que les constater ; Jackson et son équipe font un travail formidable. Les challenges se situent sur d’autres points de l’intrigue : en particulier Gollum, la bataille du Gouffre de Helm et les Ents. Gollum, ancien Hobbit qui a été dépossédé de l’Anneau par Bilbo, l’oncle de Frodo, a été entièrement réalisé en images de synthèse à partir des mimiques et de la voix de l’acteur Andy Serkis. Il veut récupérer son “précieux”, en possession de Frodo ; celui-ci le capture et le persuade de le mener au Mordor. Le personnage, l’un des plus importants de l’histoire, est incroyablement réussi ; on oublie très vite qu’il s’agit d’une créature numérique pour se concentrer sur le dilemme qui ronge Gollum/Smeagol : sa nature bienveillante de Hobbit et son esprit corrompu par l’Anneau se disputent constamment. A noter, dans cette optique, une séquence particulièrement réussie, où les deux personnalités nous apparaissent presque simultanément, grâce à une différence d’angles de vue et d’éclairages. Le “gros” morceau du film est sans contexte la bataille d’Helm’s Deep. Jackson a décidé de lui donner toute l’ampleur qu’elle doit avoir, en lui consacrant 45 minutes, soit presque un tiers du métrage ! pas grand-chose à dire à son sujet, si ce n’est que le logiciel massive, spécialement créé pour le film, a là encore accompli des prodiges. En effet, il permet de visualiser littéralement des dizaines de milliers de combattants ayant leur vie propre. La guerre est une saloperie, et Tolkien, qui a combattu pendant le premier conflit mondial, en a gardé de grandes rancunes envers la bêtise et la violence. La violence des combats est très graphique, on est parfois trop près de l’action ou des personnages, une réminiscence du passé “gore” du cinéaste peut-être...

Au cours de leur fuite après avoir échappé aux Uruk-Haï, Merry et Pippin se retrouvent au sein de la forêt de Fangorn, peuplée d’être étranges... Ils y feront la connaissance de Sylvebarbe, mi-homme mi-arbre, représentant d’un peuple qui déteste être troublé par la guerre et le désordre. Pour ma part, j’attendais beaucoup de la vision de ces Ents à l’écran. Le résultat ne m’a pas enchanté, ni déçu, juste... désorienté. A la lecture du livre de Tolkien, je m’imaginais des troncs massifs, bien campés sur des branches épaisses ; je ne m’attendais pas à voir ces créatures fines, presque décharnées parfois. Mais la facilité, au niveau technique, aurait peut-être résidé, justement, dans des camouflages comme les Romains dans certains albums d’Astérix. Et puis, allez dans le jardin, regardez votre arbre préféré, envisagez-le dans la hauteur : a-t’il l’air si trapu ? Il faut savoir que Tolkien a truffé son ouvrage de références à son abhorration pour tout ce qui est industriel, usiné. Les Ents représentent la bienveillance de la nature, face à la destruction industrielle et hégémonique orchestrée par Saroumane...

La caméra de Jackson est toujours aussi virtuose, sans toutefois donner de vertige (mis à part durant les combats, mais est-ce innocent ?), soutenue par une musique omniprésente, puissante, qui devient de plus en plus facile à identifier ; en effet, chaque intrigue possède son propre thème, le thème de Saroumane souligne l’avancée de ses troupes sur les remparts d’Helm’s Deep, par exemple. A multiplication des intrigues, apparition de nouveaux personnages, au premier rang desquels les deux précédents, Gollum et Sylvebarbe, particulièrement réussis. A la Cour du Roi Theoden (Bernard Hill l’incarne avec... noblesse, lui qui avait joué courageusement le Capitaine du Titanic de james Cameron), suzerain du Rohan, Aragorn rencontre sa nièce Eowyn (Miranda Otto), qui tombe amoureuse de lui. Le frère de cette dernière, Eomer (Karl Urban), conduit les Cavaliers du Rohan qui courent les champs à la recherche de quelques orcs à trucider. Au cours de leur périple vers le Mordor, Frodo et Sam, guidés par Gollum, tomberont sur Faramir (David Wenham), frère de Boromir et preux chevalier. Il est intéressant de remarquer que les sorciers et les Elfes (dont saroumane, Sauron, Gandalf, Elrond et Arwen), sont nettement moins présents dans ce second épisode, ce qui n’est que justice car il s’agit d’une épopée guerrière. Parmi les anciens, on notera également le rôle essentiellement comique tenu par Gimli, qui déroutera certainement les fans de ce guerrier bourru. Mais là encore, cette digression de Jackson vis-à-vis du texte originel n’est pas innocente. Ces moments de pure comédie (dont une plaisanterie filée à propos du lancer de nains, d’un goût moyen) sont placés dans les moments de tension extrême, afin de désamorcer quelque peu l’excitation qui prend le spectateur au moment d’un épisode essentiel. On notera que ce rôle de “désamorceur était tenu dans le premier film par Merry et Pippin, et qu’ici leurs rôles sont nullement comiques, leur positionnement est en train de changer et anonce leur transformation dans le Retour du Roi. Frodo également change, on le sent de plus en plus absent des contingences matérielles, de la fureur qui peut se déchaîner autour de lui. Certaines de ses poses sont même carrément christiques, comme s’il n’appartenait déjà plus à ce monde en perdition... On le voit, plusieurs niveaux de lecture se révèlent au fur et à mesure de la réflexion autour de ce second film. Par manque de place, je ne peux que vous recommander deux excellents sites internet relatifs à l’oeuvre de Tolkien : www.numenoreen.com et surtout www.elbakin.com, mais également le très bon essai de Vincent Ferré (cf Kronix, dans ce même numéro...).

Contrairement à ce qui se passe dans la plupart des films fantastiques, la bande-annonce (qui donne par ailleurs le frisson), ne montre qu’une petite partie du film. Celui-ci vous réserve de nombreuses surprises. Au final, ce deuxième opus est d’une bonne qualité, peut-être supérieure à la Communauté de l’Anneau, peut-être équivalente, mais pour l’instant il est difficile de se prononcer vraiment, notamment en raison de son intrigue multiple. Mieux vaut attendre l’ensemble des trois segments pour donner un avis définitif. Vivement le Retour du Roi !
Janvier 2003.





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