ANSIBLE
2002/1 - Février 2002





KRONIX

Je vois une bande annonce très attirante, voire même alléchante et je me dis, en mon for intérieur ainsi qu'à mes voisins (Juliette et Yannick en l'occurrence) : "Heurgh ! Voilà un film que je vais aller voir !".
Alors évidemment les finances étant ce qu'elles sont en période de fêtes, ça a été plus long que prévu mais finalement à force de persévérance, me voilà dans la salle avec ma vénérable génitrice que j'ai réussie à traîner en évitant de lui préciser le genre cinématographique du film (fantastique, elle déteste) et en insistant sur la présence de Nicole Kidman (une des rares actrices qu'elle trouve à la fois belle et bonne… actrice, bien entendu !).
Je commence donc à me délecter à l'avance de cette histoire de fantômes que les critiques annoncent pas mauvaise du tout sans donner trop de détails toutefois (il faut dire aussi, que j'évite de lire trop de critiques avant d'aller voir un film, afin de ne pas être dégoûtée avant ou déçue après !) . Et là je lâche le morceau à la mère : "au fait, je suis pas sûre que ça te plaise : c'est une histoire de fantômes !". Alors hauts cris de la vénérable : " Quoi ? mais tu veux que je fasse des cauchemars pendant six mois, etc ! ". Et moi, de la rassurer : "Meu nan ! Fantastique ne veut pas dire horreur ! Tu confonds tout ! et pis t'as aimé Le sixième sens !" (pour ceux qui auraient vu les films, Les autres et Le sixième sens, vous noterez mon pouvoir de divination !)
Après cette intro un peu longue, certes, entrons dans le vif du sujet, c'est-à-dire la critique du film : je dirais : TRES BON ! voilà maintenant pour en savoir plus, allez le voir !
Je plaisante bien sûr et je vais quand même vous en toucher deux mots.




Sans rire, j'ai beaucoup aimé, même si la fin est un peu plagiée sur un autre film que je ne citerai pas pour ne pas tuer le suspense et surtout pour ne pas faire de redites (il paraît que c'est pas bon dans une critique, les redites !). C'est d'ailleurs, à mon avis, le seul bémol : la fin est déjà vue, mais, comme on ne s'attend pas à ce que le scénariste soit allé pomper si près, ça marche quand même !
En effet, personnellement, et impersonnellement aussi (car les autres spectateurs, d 'après ce que j'ai pu en voir, ont réagi de la même manière), je suis restée scotchée à mon siège ! Car, en l'occurrence, le suspense est bien mené grâce à un jeu d'émotions sur le visage de Nicole Kidman et surtout grâce à une musique bien sentie aux bons moments. Il est à noter qu'il n'y a aucun effet spécial dans ce film hormis la musique et pourtant, il réussit à terrifier ses spectateurs aussi bien qu'un Vendredi 13 (qui, personnellement ne me fait pas franchement peur, pour ne pas dire franchement pas peur) ou un Freddy (qui est un vrai film d'horreur et qui par conséquent, ne m'intéresse pas).
Alors même si ce n'était pas ce à quoi je m'attendais (avoir peur), j'ai pris du plaisir mais je ne le reverrai pas seule dans le noir !
Véronique.



GHOST OF CARPENTER
Et encore un film raté sur Mars, un ! Après la bouse Red Planet, après le très décevant Mission to Mars de De Palma, c'est l'icône John Carpenter qui s'y est frotté, et qui s'y est piqué. Sur l'ambiance "western" que le maître clame sur les toits depuis 4 ou 5 ans (c'est un peu lassant, à force), il a plaqué un environnement extra-terrestre et futuriste cheap, tout en plaquant des éléments de (tous) ses films précédents. Je citerai pêle-mêle Assaut, La Chose, New York 1997, L'Antre de la folie, Fog... Rajoutez à cela une traduction assez approximative (il n'y est pour rien, je vous l'accorde...), des décors minimaux et une intrigue très mince, et vous obtenez un radis noir (limite du navet). + Mad max + Natasha

La planète sauvage
Le dernier film de John Carpenter se passe sur Mars. C'est une oeuvre crépusculaire
Par : SOPHIE AVON
"Le sujet de "Ghosts of Mars, dit John Carpenter, c'est la guerre." En une phrase succincte, l'un des réalisateurs les plus atypiques d'Amérique qui, depuis presque trente ans, filme les ténèbres, la peur et le combat d'une humanité en passe d'être déshumanisée, donne le ton de sa dernière oeuvre : quatre-vingt-dix minutes de sang et de feu dans une lumière de soleil couchant. On aurait tort cependant de ne voir dans ce film de guerre qu'une version de plus de l'éternel conflit entre bons et méchants. Certes, Ghosts of Mars a tous les ingrédients du genre, mais tout se passe comme si Carpenter infiltrait les conventions pour les déjouer malicieusement et qu'il mettait dans ce détournement sans tapage une sorte de ténacité lasse, de passion douce. Comme, de plus, ses moyens financiers sont limités, que de Mars il ne filme qu'un périmètre circonscrit une petite ville minière et de la guerre seulement quelques explosions, on se sent immédiatement ailleurs. Sur Mars en 2176, certes, mais très loin de la guerre des étoiles, dans une sorte de no man's land abstrait, sauvage et crépusculaire, où, en guise de machines volantes et autres bolides du troisième millénaire, on a affaire à un vieux train pépère qui largue un commando de flics au coeur de la mine.



Un monde en cendres
Déviation de taille, le commando est dirigé par des femmes, et c'est la survivante de l'aventure qui raconte ce film d'action au féminin, la jolie Melanie Ballard (un nom qui est déjà tout un programme), superlieutenant de la troupe, qui rapporte les faits suivant une narration gigogne. Melanie Ballard (Natasha Henstridge, super) a une supérieure (interprétée par Pam Grier, la Jacky Brown de Tarentino) qui la drague sans ambiguïté, sous le regard goguenard d'un subalterne (un homme, eh oui) qui aimerait bien lui aussi avoir les faveurs de la belle. Voilà pour les relations de travail de ce petit groupe qui débarque dans l'enfer de Mars avec pour mission de récupérer le redoutable James "Desolation" Williams, un Noir accusé de crimes en série. Sur place, l'enfer est bien au-delà de l'idée qu'on s'en fait : la ville semble morte, et ce n'est pas une simple façon de parler car, en effet, les miniers ont fait place à des corps décapités qui pendent aux plafonds des bâtiments, quand ce n'est pas un bras ou une main qui roule dans un coin... On peut rêver mieux comme signe de bienvenue, mais à la guerre comme à la guerre, et le commando a le coeur suffisamment bien accroché pour affronter un monde en cendres où rôdent, impalpables et tenaces, l'odeur de la mort et celle de vivants insaisissables.

Une histoire de l'Amérique
De fait, Melanie Ballard a vite fait de comprendre que la ville minière est la proie d'esprits sauvages et revanchards qui se matérialisent en prenant possession de n'importe quel corps humain. Elle a également vite fait de comprendre que, dans ce monde de terreur où l'ennemi s'empare de ses victimes en silence, il vaut mieux se serrer les coudes entre humains, qu'on soit flic ou truand. Le redoutable James Williams devient donc son allié, voire davantage, un ami providentiel et inattendu, ce qui permet à Carpenter d'élire un duo de héros plutôt anticonformistes pour un film dont le réalisateur précise qu'il n'est ni black ni blanc. On ne s'étonne pas outre mesure que les Américains aient boudé Ghosts of Mars qui rejette si visiblement les clichés, donne vie à des personnages hors du moule et montre la violence comme un état sauvage qu'on aurait réveillé par inadvertance, mais qui serait latent. Car les fantômes de Carpenter, qui se livrent à des rites d'automutilation quand ils se sont emparés des corps de leurs victimes, ressuscitent des frayeurs originelles qui n'ont plus grand-chose à voir avec la science-fiction. Elles s'inscrivent plutôt dans le sillage d'une histoire du monde, une histoire pessimiste qui est aussi, bien sûr, celle de l'Amérique. Ghosts of Mars, de John Carpenter, avec Natasha Henstridge, Pam Grier, Ice Cube, Jason Statham. Durée : 1 h 40.


LE POTTER DE TERRE CONTRE LE POTTER DE FER
Dans le dernier Ansible, nous évoquions le phénomène de société qu'est la série de livres écrite par J.K. Rowling, Harry Potter. Comme beaucoup de succès en librairie, c'est devenu un film (euh, pardon, une série de films, puisque le second volet sera probablement terminé à l'heure où vous lirez ces lignes…). Mais comme vous le savez, l'adaptation est très rarement à la hauteur de l'œuvre originale (à l'exception du Nom de la Rose, par exemple). Eh bien, Harry Potter à l'Ecole des Sorciers ne déroge pas à cette règle, même si l'ensemble reste d'une bonne facture. Recentré sur l'intrigue principale (l'arrivée de Harry et sa première année à Poudlard), le réalisateur (Chris Columbus, tâcheron de Mrs Doubtfire et L'Homme Bicentenaire, pour ce qu'il a fait de mieux) a oublié d'insuffler du rythme à ce premier opus. L'histoire originale fourmille de mille petits détails, d'intrigues sous-jacentes, certes difficiles à intégrer dans 2h30 de métrage. Le premier défaut qui saute aux yeux est le décor ; tout est trop propre, trop neuf… Harry et ses amis semblent étudier dans le Château de la Belle au Bois Dormant à Eurodisney, alors que l'atmosphère des bouquins est plutôt sombre. Le jeune acteur qui incarne le héros, Daniel Radcliffe, est trop propre sur lui pour être crédible ; de plus, il ne s'étonne de rien de ce qui lui arrive, alors que Harry Potter vient de l'extérieur du monde de la magie. Au sein d'un casting uniquement composé d'Anglais (exigence de Joanne Rowling), on relèvera surtout les seconds rôles, les amis d'Harry (Ron et Hermione), le géant Hagrid ou encore Rogue (Alan Rickman, seule " star " du casting). A qui la faute ? A Columbus donc, gros feignant qui n'a pas lu les bouquins (laissant le soin à sa fille de 11 ans de le conseiller !), mais aussi au studio, la Warner, qui comme tous ses congénères, musèle l'esprit artistique pour faire dans le commercial et l'hypocrisie du politiquement correct. Tout cela ressemble au Spielberg de ces dernières années, me direz-vous, et vous n'auriez pas tort, car l'ombre du réalisateur d'E.T. plane sur le film et sur la suite, car après avoir laissé tomber l'adaptation du premier Harry Potter, il dit s'intéresser de près à celle du troisième, Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban. Dire qu'on a failli avoir un Harry américain, entrant dans un collège typiquement américain, avec des lycéens complètement américains… Brrr ! Rien que d'y penser, cela me donne des boutons ! Même s'il était prévu qu'Haley Joel Osment (le prodige de Sixième Sens et de A.I.) joue le rôle-titre…Pour les fans de l'œuvre romanesque, c'est une semi-déception ; pour les autres, un film pour enfants à l'intérêt moyen. A noter cependant un bon point, la restitution vigoureuse et prenante des parties de Quidditch, le sport des sorciers. Chris Columbus a fait sa Menace Fantôme !




La Philosophie de la Méduse
Jean-Michel Truong est quelqu'un de tout à fait étonnant. Alors qu'il n'est pas à proprement parler un écrivain de "science-fiction", son livre Le successeur de pierre remporte en 1999 le Grand Prix de l'Imaginaire du meilleur roman français de science-fiction. Ce livre, dont l'action se situe dans un futur proche où la moitié de la population du globe vit dans des habitations isolées du monde extérieur, pratique le "Zéro Contact" et ne communique plus que par le biais d'avatars "interactifs", nous propose de nous interroger sur le devenir de l'espèce humaine, et de l'intelligence. En effet, l'une des thèses de Jean-Michel Truong, que son livre met admirablement en scène, est que l'espèce humaine n'est pas la fin de l'univers, mais principalement (uniquement ?) le porteur, le véhicule de l'intelligence, qui vise à "se répandre dans l'univers et le coloniser". Alors que de très nombreux livres de science-fiction traitent le sujet en envoyant l'homme dans des vaisseaux spatiaux à la conquête d'étoiles toujours plus lointaines, Truong, lui, fait dire par un de ses personnages que les vols spatiaux ne sont que "vaines foutaises" et que : "en vérité (...), l'espèce humaine ne quittera jamais la banlieue terrestre". Voilà qui va sans doute en démoraliser plus d'un. En fait, Truong va encore plus loin, et écrit : "L'homme n'est pas le vecteur approprié pour répandre la vie dans les étoiles." Mais ce n'est pas si grave, car l'homme a bien d'autres choses à faire, et notamment, se trouver un successeur... Et c'est là qu'intervient la pierre du titre. Le minéral, contrairement au végétal ou à l'animal, dure. Il est plus résistant, plus solide, il est... le véhicule idéal. De l'intelligence. En fait, il y a des aspects de ce livre qui ne sont pas sans rappeler le magnifique Les Enfants d'Icare, d'Arthur C. Clarke, qui mettait en scène la fin de l'espèce humaine, dépassée par ses propres enfants. L'espèce humaine n'existait plus en tant que telle, mais se transcendait en... quelque chose d'autre, qu'elle ne comprenait pas tout à fait. Fascinant.

Cette réflexion, cette histoire, est symptomatique du parcours, de la philosophie, de Jean-Michel Truong. Ce n'est pas par hasard qu'il réfléchit sur ces thèmes. A vrai dire, ils font même partie de sa vie. Jean-Michel Truong, 49 ans, né en Alsace, se définit lui-même comme un être hybride : "à la fois alsacien, vietnamien, et cantonnais, à la fois littéraire et scientifique ". Un être alternatif, en quelque sorte, qui lorsqu'il décide de créer la première start-up d'intelligence artificielle le fait "entièrement", et qui, lorsqu'il décide d'écrire un premier roman (Reproduction interdite, chez Plon), "s'arrête de travailler pendant deux ou trois ans pour ne se consacrer qu'à l'écriture". Pour définir son mode de vie, la façon dont il passe d'un métier à l'autre (il a tout d'abord voulu être médecin, puis a été professeur, conseiller en transfert de technologie, directeur de société, écrivain, puis enfin (comme il le dit lui-même) "mère maquerelle" (c'est-à-dire "intermédiaire" pour les grandes entreprises françaises désireuses de s'implanter en Chine), il a une expression : la "philosophie de la méduse". "J'ai la philosophie de la méduse - nous dit-il - qui se laisse emporter par les courants ; et qui est aussi la philosophie du judo, que j'ai appris dans ma jeunesse. En fait, j'ai appris à ne pas m'opposer à la force, mais au contraire à la subvertir, et à la mettre à mon service. Je n'oppose pas ma volonté aux événements, et je m'en suis toujours très bien trouvé." Son propos, merveilleusement illustré par son livre, est donc à son image : paradoxal en apparence, mais en apparence seulement. Truong nous dit que ce qui compte chez l'homme, ce n'est pas la forme, la carcasse... c'est l'âme (ou "l'intelligence", si l'on préfère). C'est elle qui dure, c'est elle qui constitue notre véritable identité. En fait, Le Successeur de pierre est certes un excellent thriller, un bon polar, un beau récit philosophique, et un livre de science-fiction particulièrement original, mais c'est surtout un grand roman humaniste, contemporain.
David CAMUS


© Rendez-vous Ailleurs, n°26, janvier-mars 2001





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